Dans le murmure des feuilles qui dansent Agnès Ledig

Autrice : Agnès Ledig | Édition: Albin Michel | Genre : Littérature française| Pages : 400 | Prix Numérique: 3.99€ Broché: 20€ Poche: 8.60€ | POUR ACHETER CE ROMAN, CLIQUEZ SUR L’IMAGE

 

Anaëlle, jeune femme en recherche d’informations pour l’écriture de son roman, engage un échange épistolaire avec Hervé, procureur de province. Celui-ci, vivotant dans une routine qui l’ennuie, s’y plonge avec délectation, au grand dam de sa greffière, rapidement agacée par cette insupportable correspondance.

Parallèlement, Thomas, menuisier passionné de nature, s’appuie sur la force des arbres et sa connaissance des sous-bois pour soutenir son petit frère, en proie à une longue hospitalisation.

C’est une petite maison qui sera à la croisée de leurs destins.

 

Une fois de plus, Agnès Ledig me touche en plein cœur et son roman est un rappel à la vie.

Ici, nous retrouvons deux histoires. Celle de Thomas et Simon et celle d’Anaëlle, Henry, Jocelyne.

Dans la première, il s’agit de deux frères liés par leur amour fraternel, mais aussi celui qu’ils ont en commun pour la forêt. La vie n’a pas épargné Simon puisqu’à huit ans, il se retrouve enfermé dans une chambre stérile. Privé de sa liberté, il vit sa soif de connaissance à travers Thomas, son aîné.

Chaque jour après son travail, Thomas rend visite au petit garçon avec un dessin et lui raconte ce qu’il a découvert dans le bois où ils allaient avant la maladie de Simon. Il lui conte également des histoires pour qu’il puisse s’endormir, puis il quitte l’hôpital et rentre chez lui.

Dans la seconde, il s’agit d’un échange épistolaire entre un procureur et une jeune femme qui lui demande des informations des renseignements pour son roman. Rapidement, la correspondance évolue et ils font personnellement connaissance. Tout cela n’est pas au goût de Jocelyne qui prétexte la solidarité féminine envers l’épouse d’Henry, afin de dissimuler sa jalousie, puisqu’elle a un faible pour le procureur.

Ces deux histoires qui semblent n’avoir aucun point en commun vont pourtant se rejoindre petit à petit sans pour autant n’en faire qu’une.

 

Parlons un peu des personnages.
Je vais commencer par Simon, ce petit gars malade qui conserve une joie de vivre surprenante. Il a soif d’apprendre, il est curieux de tout ce que Thomas peut lui dire à propos de la forêt et ses habitants. Simon est fort, il ne se plaint jamais, il garde espoir quand les adultes le perdent. Le garçonnet prouve à quel point les enfants sont solides.

Je passe maintenant à Thomas qui est un grand frère dévoué, attentionné et qui n’hésite pas à mettre sa vie entre parenthèses pour Simon. L’aîné compare souvent son cadet aux arbres afin de lui montrer à quel point il le trouve fort, mais la vérité c’est que Thomas leur est similaire, lui aussi. C’est un homme robuste, il est sur tous les fronts et malgré les coups durs, il reste debout. Ce personnage a bon fond, il est attachant et inspire le respect. J’ai eu pour lui un énorme coup de cœur.

Parlons maintenant des personnages de la seconde histoire. Je commence par Jocelyne, malgré son comportement agaçant, elle me peine. Oui ! J’ai de la peine pour elle, sa vie est d’une monotonie effroyable et je n’exagère pas. Son quotidien se résume à son travail, au souper de son acariâtre de mère, le sien et son coucher. Jocelyne n’a pas d’amis, pas d’amant et visiblement aucun centre d’intérêt. Cette femme passe à côté de son existence et c’est d’une tristesse.

Passons à Henry, il est un homme charmant qui, après quelques lettres échangeaient avec Anaëlle, réalise à quel point son quotidien est maussade. Certes moins que celui de Jocelyne, sa secrétaire, mais tout de même. La routine s’est installée et il en prend conscience lors de ces discussions écrites. D’ailleurs, nous ressentons un certain étouffement dans ses mots. J’ai beaucoup aimé découvrir le procureur à travers ses lettres.

Et je termine avec Anaëlle. Accidentée de la route, elle a perdu beaucoup. Elle a également dû faire face à la lâcheté de son petit ami, puis à une rééducation qui n’a pas toujours été simple (laquelle l’est me direz-vous ?). Aujourd’hui, alors qu’elle est en pleine reconstruction, elle doit affronter le regard des gens qui parfois lui pèse. Sa correspondance avec Henry l’aide beaucoup à ce niveau-là, même si elle n’assume pas toujours, ou du moins pas à cent pour cent, qui elle est devenue. Si Anaëlle s’est relevée de son accident et ses conséquences, il lui faudra apprendre le décès d’une personne qu’elle ne connaît pas, mais qui va la toucher pour enfin prendre conscience qu’elle veut croquer la vie à pleines dents.

 

Je vous parle maintenant du roman dans sa globalité. Si l’histoire de Thomas et Simon est difficile, les lettres d’Henry et Anaëlle permettent de l’alléger en quelque sorte.   Je le redis ce livre est une piqûre de rappel. Il nous remémore que la vie est bien trop courte pour que l’on s’enferme dans un quotidien qui ne nous convient pas. Il nous permet également une remise en question concernant notre propre existence. Ce roman nous somme de ne pas oublier de vivre, de ne pas oublier que nous ne sommes à l’abri de rien, et qu’en une fraction de seconde tout peut basculer. Il nous fait aussi prendre conscience que même une démarche anodine peut chambouler toute une vie.

Quant à la plume d’Agnès Ledig, elle est bouleversante, percutante, et comme à l’accoutumée, elle m’a transportée. Je me rends compte que cette lecture était exactement ce dont j’avais besoin. Ayant un rapport étrange avec la forêt, le livre m’a énormément parlé. L’autrice compare la vie humaine à celle d’un arbre, les comparaisons sont nombreuses et joliment écrites, si bien qu’elles m’ont profondément touchée. Agnès Ledig a de l’or au bout de sa plume, elle ne me laisse jamais indifférente, et je ne me lasse pas de la lire.